L’agriculture sur la Côte-du-Sud à l’époque de la Nouvelle-France

À l’époque de la Nouvelle-France (1608–1760), l’agriculture constitue le fondement de l’occupation du territoire dans la vallée du fleuve Saint-Laurent, y compris dans ce qui deviendra la Côte-du-Sud. Le développement agricole de cette région s’inscrit dans le cadre du régime seigneurial, qui structure la colonisation et l’organisation du territoire.

José D. Soucy

Implanté en Nouvelle-France en 1627, le régime seigneurial prévoit la concession de terres à des seigneurs, lesquels les redistribuent à des colons appelés censitaires. Sur la rive sud du Saint-Laurent, plusieurs seigneuries sont concédées au XVIIe siècle, notamment celle de la Rivière-du-Sud, accordée à Charles Huault de Montmagny le 5 mai 1646.
Les terres sont généralement divisées en longues bandes étroites perpendiculaires au fleuve ou aux rivières. Cette organisation permet aux habitants d’avoir accès à une voie navigable, essentielle aux déplacements, aux échanges et à l’approvisionnement. Le Saint-Laurent et ses affluents jouent ainsi un rôle central dans la vie économique et sociale des colons.
Agriculture de subsistance
L’agriculture pratiquée est principalement orientée vers la subsistance. Les habitants cultivent des céréales, notamment le blé, mais aussi l’orge et les pois, en plus de divers légumes. Le blé occupe une place importante dans l’alimentation, puisqu’il sert à la fabrication du pain, aliment de base de la population coloniale.
En parallèle, l’élevage occupe une place essentielle dans l’économie domestique. Les habitants élèvent notamment des bovins, des porcs et des volailles ; au fil du temps, les moutons et les chevaux prennent aussi de l’importance. Cette complémentarité entre culture et élevage caractérise l’agriculture de la Nouvelle-France.
Les conditions agricoles demeurent toutefois exigeantes. Les premiers colons doivent défricher les terres avant de pouvoir les cultiver, dans un climat marqué par des hivers rigoureux et une saison de croissance relativement courte. Malgré ces contraintes, les terres de la vallée du Saint-Laurent offrent des conditions favorables, une fois mises en valeur.
De la seigneurie à la paroisse
L’organisation de la production agricole est étroitement liée au cadre seigneurial. Les censitaires doivent exploiter leur terre, et s’acquitter de certaines obligations envers le seigneur. Parmi les infrastructures importantes figure le moulin banal, qui s’inscrit dans le fonctionnement économique des communautés rurales.
Dans la région de la future Côte-du-Sud, comme ailleurs dans la colonie, l’agriculture évolue progressivement au fil des générations. À mesure que les terres sont défrichées et que les établissements se stabilisent, les communautés rurales s’organisent autour des paroisses.
Ainsi, l’agriculture dans la région de la Côte-du-Sud à l’époque de la Nouvelle-France s’inscrit dans un modèle largement partagé à l’échelle de la colonie : une exploitation familiale, encadrée par le régime seigneurial et adaptée à un environnement exigeant.

Ferme de Cap-Tourmente construite en 1626. Première exploitation agricole en Nouvelle-France. Illustration : Francis Back, anecdoteshistoriques.net