BÉNÉDICTION DES SEMENCES

Une tradition renaît

À Rivière-Ouelle, la tradition de la bénédiction des semences reprendra vie le dimanche 3 mai à 10 h, à l’église du village. Pour l’occasion, huit paroisses se sont regroupées afin d’en faire un événement rassembleur.

Marc Larouche

La messe sera chantée par Mgr Pierre Goudreau, dans le cadre du 75e anniversaire du diocèse Sainte-Anne-de-la-Pocatière. Les semences y seront bénies comme autrefois. Les agriculteurs, les pêcheurs, les jardiniers et les familles de partout sont invités à y participer. Après la célébration, les tracteurs seront bénis à leur tour. Un dîner au poulet barbecue permettra de prolonger la rencontre.
Faire revivre l’histoire
Au-delà de l’événement, c’est l’histoire d’aujourd’hui qui se mêle à celle d’autrefois. Roger Richard de Rivière-Ouelle la porte depuis son enfance, dans laquelle il replonge sans effort malgré ses 84 ans. « J’étais tout petit. Je revois encore mon grand-père François dans les champs. À cette époque, tout se faisait à la main. Il avait un sac de semences dans le cou, et semait à la volée. Quand il commençait, il enlevait son chapeau, et il faisait une petite prière. Je n’ai jamais vraiment compris ce qu’il disait, mais je savais que c’était important », confie-t-il.
Puis venait le geste. « Il faisait une croix dans le champ, puis il me disait : “Mon petit gars, enlève ton chapeau.” C’était comme ça que ça commençait. » Le jeune Roger regardait, impressionné, sans poser de questions. Il savait qu’il assistait à quelque chose de grand. Avec les années, son père Léopold a repris le geste. Et lui aussi. « J’ai vu faire mon père, puis moi, j’ai fait pareil. Je ne suis pas plus catholique qu’un autre, mais à ma manière, quand je commence, je fais une croix moi aussi. »
De bonnes récoltes
À l’époque, poursuit M. Richard, la bénédiction des semences attirait toujours les foules. « Les gens arrivaient avec leurs sacs de grains, leurs semences d’avoine, de blé, parfois même des graines de jardin. Tout le monde était là. C’était une grande tradition. Les gens voulaient de bonnes récoltes, mais c’était aussi un rassemblement. On venait autant pour la foi que pour se retrouver », raconte M. Richard qui se souvient aussi de cette croyance transmise de génération en génération. « Mon père disait toujours : le premier grain qu’on met en terre, c’est lui qui fait l’histoire de la récolte à l’automne. »
Aujourd’hui, c’est son fils André qui voit aux destinées de la ferme laitière Ayr-Ouelle avec des équipements modernes, de gros tracteurs et des semoirs performants. Mais Roger Richard y va encore tous les jours. Par habitude, par attachement, et aussi pour transmettre. Car à ses côtés, il y a maintenant un autre regard qui observe, celui de son petit-fils Léo, 10 ans.
« On vit d’espoir. Si ça peut aider, pourquoi pas ? », dit l’homme. Dans ses mots, il n’y a ni certitude ni doute. Juste la fidélité d’un homme qui a reçu quelque chose, et refuse de le laisser disparaître. C’est lui qui a eu l’idée de regrouper plusieurs paroisses pour cette grande bénédiction.
Le 3 mai prochain, à l’église de Rivière-Ouelle, il sera là. Comme il l’a toujours été. Peut-être avec un petit sac de semences, peut-être simplement avec ses souvenirs. Et à ses côtés, il y aura son fils et son petit-fils. Parce que les traditions ne tiennent pas dans les livres. Elles se transmettent d’une main à l’autre, d’un regard à l’autre, et parfois dans un simple signe de croix tracé dans la terre.

Roger Richard et son épouse, Thérèse Lizotte. Photos : Courtoisie