La passion agricole d’un premier ministre

Dans le sillon fertile de l’histoire agricole du Québec, peu de figures ont laissé une trace aussi riche que celle d’Adélard Godbout. Agronome de formation, professeur, ministre libéral de l’Agriculture puis premier ministre du Québec, il a été aussi, et surtout, l’ardent défenseur de la ruralité et du monde agricole. Celui qui a représenté le comté de L’Islet pendant près de deux décennies reste toutefois méconnu du grand public. Et pourtant, l’œuvre qu’il a bâtie, enracinée dans les terres de la MRC de L’Islet, a fortement contribué à façonner le Québec agricole moderne.

José Soucy

Né à Saint-Éloi dans le Bas-du-Fleuve en 1892, Adélard Godbout grandit dans un environnement rural où les valeurs de labeur, de terre et de famille sont omniprésentes. Son parcours le mène rapidement à l’École d’agriculture de Sainte-Anne-de-la-Pocatière, où il brillera par ses compétences académiques. En 1919, il devient aide-professeur, puis enseignant en zootechnie, marquant le début d’une carrière consacrée à la modernisation agricole. Toutefois, pour parfaire sa formation, il s’inscrit au Massachusetts Agricultural College. À son retour, il enseignera à Sainte-Anne-de-la-Pocatière pendant douze ans, soit jusqu’en 1930. Il travaillera aussi pour le ministre de l’Agriculture comme agronome de 1922 à 1925.
En tant que ministre de l’Agriculture à partir de 1930 (à 38 ans, c’est le plus jeune ministre de son cabinet), il multiplie les réformes. Il met sur pied un vaste plan de drainage des sols agricoles pour en accroître la productivité, réhabilitant ainsi des milliers d’acres de terres humides.
Il soutient la culture de la betterave à sucre, et stimule la diversité des productions. Visionnaire, il introduit des mesures d’appui à la recherche agronomique, et pose les bases de ce qui deviendra une véritable politique publique de développement rural.
Lorsqu’il accède au poste de premier ministre en 1939, Godbout conserve le ministère de l’Agriculture et de la Colonisation. C’est à ce moment qu’il orchestre la grande électrification rurale du Québec. En créant Hydro-Québec, et en lui confiant le mandat de déployer l’électricité dans les campagnes, il transforme le quotidien des agriculteurs. L’énergie devient un outil de modernisation des fermes, permettant la mécanisation, la conservation des produits, et l’amélioration des conditions de vie.
Visionnaire et formateur
Autre avancée majeure : le développement de la formation agricole. Il défend la gratuité et l’obligation scolaire, mesure qui assurera l’accès au savoir des futures générations d’agriculteurs. Godbout sait que la force du Québec rural repose sur une population instruite et innovante.
Son action s’étend jusqu’aux structures de production. Il favorise la coopération agricole, valorise les syndicats de producteurs, et crée un cadre plus stable pour la mise en marché. Il plaide pour une meilleure gestion des terres publiques, en lien avec la colonisation, et défend le principe de la préservation des terres agricoles.
Son héritage est profondément visible dans la MRC de L’Islet, où l’agriculture occupe aujourd’hui encore une place centrale. De l’acériculture aux grandes cultures, de la production caprine à l’horticulture diversifiée, le tissu agroéconomique local bénéficie des fondations qu’il a jetées. Le plan de développement de la zone agricole (PDZA), qui sera révisé en 2025, fait écho à ses idées : agriculture de proximité, durable, équilibrée entre tradition et innovation.
Adélard Godbout quitte la politique en 1948, mais ne quitte jamais la terre. Il poursuit ses activités comme pomiculteur et éleveur de bovins Shorthorn, preuve que l’agriculture était bien plus qu’un enjeu politique pour lui ; c’était une vocation. Intronisé au Temple canadien de la renommée agricole, il demeure un exemple de dévouement et de vision. Malheureusement, malgré l’importance de son héritage, il demeure étonnamment peu célébré dans la MRC de L’Islet. Des décennies après son décès, aucune statue ne rend encore hommage à sa mémoire sur le territoire.

Adélard Godbout reste peu célébré dans la MRC de L’Islet. Photo : Wikipédia