Rencontre avec Pierre Lemieux, deuxième vice-président de la FPFQ

Notre sirop d’érable est populaire. La demande est forte pour ce délice doré très présent dans nos régions. À travers cette information positive se profile de l’incertitude, puisque la filière acéricole fait face à d’importants défis.

Marc Larouche

Le Placoteux (LP) : Monsieur Lemieux, vous êtes deuxième vice-président de la Fédération des producteurs forestiers du Québec, parlez-nous de la situation en Côte-du-Sud relativement au dossier de la mise en marché du bois.
Pierre Lemieux (PL) : La situation dans la Côte-du-Sud est comparable à celle observée dans l’ensemble du Québec. Nous vivons une concurrence que nous jugeons déloyale de la part du ministère, qui accorde des volumes de bois à l’industrie à très bas prix, et le transport sera pris en charge par le gouvernement. Pour les propriétaires de forêts privées, rien de comparable n’est prévu. En plus, le ministère permet parfois des déplacements de bois d’une région à l’autre. Même lorsque nous sommes consultés et que nous exprimons notre désaccord, le gouvernement fait pareil à sa tête. Nous avons l’impression que le gouvernement ne nous écoute pas. Dans la région de la Côte-du-Sud, ce qui est particulièrement déplorable, vraiment, c’est que le potentiel forestier de la forêt privée est en croissance importante. Pourtant, nous sous-récoltons le bois parce qu’il n’y a pas de prix. Les propriétaires attendent, parce qu’il n’y a pas de rentabilité. Pourtant, ce bois doit être récolté à un moment donné. Il y a une limite dans le temps, une durée de vie utile, sans quoi il se dégrade et perd de sa valeur.
LP : Combien y a-t-il de producteurs privés en Côte-du-Sud ?
PL : On compte plus de 3000 propriétaires de boisés dans la région. Parmi eux, entre 700 et 800 sont actifs sur une base annuelle, bien que ce ne soit pas toujours les mêmes, en raison des particularités de chaque propriété.
LP : Je comprends que selon votre discours, plusieurs sont en danger ?
PL : Si nous voulons que les boisés privés continuent de remplir leur vocation forestière, il faut agir. Ce que nous observons de plus en plus, c’est que plusieurs boisés deviennent essentiellement des lieux à vocation touristique. Or, la vocation première d’un boisé demeure la récolte. Les activités récréatives ou de loisir peuvent s’y ajouter et devenir complémentaires, mais elles ne devraient pas remplacer l’activité principale liée à la ressource forestière.
LP : Je vous sens émotif lorsque vous parlez de cette situation.
PL : L’industrie change, mais pas pour le mieux. Ce que nous constatons actuellement, c’est une concentration de l’industrie forestière qui se fait souvent au détriment des petits propriétaires forestiers. Nous comprenons que le gouvernement souhaite protéger les emplois en région et soutenir l’industrie forestière. Toutefois, jusqu’où peut-on le faire au détriment des propriétaires forestiers qui contribuent eux aussi de façon importante à l’économie de leurs municipalités ? Lorsqu’un lot de bois est récolté, les coûts liés aux taxes municipales, aux entrepreneurs et au transport absorbent une grande partie des revenus. Il en reste peu au propriétaire forestier. Pourtant, dans la filière forestière, un chargement de bois provenant de la forêt privée génère les mêmes emplois qu’un chargement provenant de la forêt publique. Selon nous, la politique gouvernementale de vendre le bois public au rabais est également à l’origine des conséquences dans les relations commerciales avec les États-Unis. Au lieu de tenter d’améliorer la situation en augmentant la valeur du bois de la forêt publique, on vient le baisser, on vient accentuer la crise dans le fond.
LP : Vous leur avez dit, au gouvernement ? Pourquoi votre message ne semble-t-il pas passer ?
PL : Oui, on leur a dit, mais on a l’impression que le lobby de l’industrie est trop fort. On est quasiment encore comme dans un régime féodal, où ce sont les grands propriétaires forestiers, qui sont souvent de l’extérieur, qui contrôlent la majorité des grands moulins au nord. Ici, on s’en tire quand même assez bien. Les entreprises appartiennent encore souvent à des gens du milieu. Mais aussitôt que tu t’éloignes un peu dans les scieries du nord, ça appartient à des multinationales extérieures au Québec, qui ne paient même pas de taxes ni d’impôts au Québec. On dirait que le gouvernement n’est pas capable de résister à ces gens-là.

Pierre Lemieux, deuxième vice-président de la Fédération des producteurs forestiers du Québec. Photo : Marc Larouche

Le projet de loi n° 11 en bref

Le projet de loi n° 11 du gouvernement du Québec vise à modifier diverses règles administratives et réglementaires, notamment dans le secteur forestier. Parmi les mesures proposées figurent une nouvelle façon de fixer le prix du bois récolté en forêt publique, l’abolition de la redevance annuelle sur les garanties d’approvisionnement, ainsi que la fin du système d’enchères du bois public et du Bureau de mise en marché des bois. Le gouvernement soutient que ces changements permettront d’améliorer la compétitivité de l’industrie forestière, et de soutenir les entreprises en période de crise.